SARAH MOON (1941 - )
Elle passe ses années d'enfance en Angleterre, loin de la France occupée. Mannequin, elle devient photographe de mode (Vogue, Marie-Claire, Loréal,
Cacharel..). Depuis 1985, elle ne photographie plus que pour elle-même. Son univers, onirique et sophistiqué, est fait de gros plans déracinant les sujets de leurs
contextes, de tons lourds, d'une absence de véritables blancs, de visages effacés ou au regard dérobé, de flous, d’horizons souvent tronqués. En noir et
blanc, elle se sert du film Polaroîd, de la solarisation, de grattages, détériorations, ou salissures. En couleur, elle fait tantôt vibrer les couleurs quand elles
se rencontrent, et tantôt privilégie un rendu quasi monochrome où les ombres envahissantes limitent la palette qui nous est offerte. Une profonde mélancolie, mais
aussi une incroyable poésie se dégage, celle du dérisoire de l’humain face au temps. Très marquée par Lewis Carroll, elle est aussi l'auteur d'une
terrifiante adaptation du Petit Chaperon Rouge et d'un film sur La Petite Fille aux allumettes, mêlant vidéo et photographie.
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Citations
- Je crée des situations qui n'existent pas. Je cherche la vérité de la fiction. Je serais incapable d'être reporter ou de photographier quelqu'un sans son
consentement. Une image de mode, c'est l'évocation d'une femme à partir de son vêtement et d'une somme de détails comme sa gestuelle, la courbe de sa nuque,
les plis de sa robe... C'est l'instant d'un film que je ne ferai pas.
Interview, in "La photographie selon Sarah Moon", L'Express Styles, Anne-Laure Quilleriet, 06/05/2010 - Je me souviens d'une nuit où la neige était tombée. Au matin, au réveil, j'ai fait ce que je n'avais jamais fait, poussée par je ne sais qu'elle nécessité, j'ai photographié les hortensias du jardin, ensevelis. Ce n'était plus moi mais la vie qui racontait son histoire. D'une pression de l'index sur le déclencheur, dans un clin d'œil et dans une fraction de seconde je la faisais mienne. C'est alors que tout a commencé. J'ai photographié pour moi, alors qu'avant il me fallait être demandée pour oser.
- Je ne veux plus jamais faire de photos – mais je continue et puis soudain – pas toujours mais quelquefois – quelque chose se passe – quelque chose a changé – je ne sais
jamais pourquoi, ou bien je suis au bon endroit au bon moment – ou bien seulement j'y crois – quelquefois je vois une fraction de seconde – comme une étincelle la beauté
ou l'insolite – ou la différence ou seulement la surprise. Je ne sais pas – tout va subitement très vite dans toute cette lenteur et je suis emportée et enfin –
j'aime ce que je vois et je ne peux plus m'arrêter de l'avoir trouvé et de le reperdre et de nouveau tout au long de la journée je continue puisque cela a
existé."
Vrais Semblants, Delpire, Paris, 1991 - je ne reconnais pas mes photographies comme des enfants, plutôt comme des moments qui ne reviendront pas mais qui ne s’effaceront plus.
Interview, Réponses Photo n°200, page 93. - C'est seulement quand j'ai commencé à travailler pour moi-même que j'ai pu utiliser le noir et blanc [..] proche de l'introspection, de la solitude, de la perte
et du manque.
Entretien avec Ilona Suschitzky, sur l'utilisation de la couleur - La couleur m’apparaît comme un langage plus commun, plus généreux, plus ouvert. Quand je photographie des fleurs, une nature morte ou même de la mode,
la couleur m'oblige à être plus abstraite. [..] Je ne veux pas être en compétition avec le réel.
Entretien avec Ilona Suschitzky, sur l'utilisation de la couleur